Médiathèque Départementale du Morbihan

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Les ventes numériques de mangas surpassent celle des ventes papier en 2017 au Japon.  Les chiffres montrent un recul de 14,4 % des mangas papier avec un marché global en baisse de 2,8 %. Plutôt que d’enterrer le numérique, cause de tous les malheurs de l’industrie culturelle, il est surtout intéressant de s’arrêter sur cet exemple afin de tirer quelques enseignements.

Une situation économique morose

Le Japon traverse une période de stagnation depuis près de 30 ans. Cette situation, similaire en Europe, se conjugue avec l’apparition de nouvelles dépenses (abonnements Internet , téléphone portable, services, assurances) et d'une diversification dans la consommation des loisirs. Cette situation affaiblit les industries culturelles.

Les magazines mutent

Les ventes de magazines de manga papier reculent depuis 1995, avec un chiffre d’affaire divisé par quatre : effondrement des tirages des grands magazines et arrêt de nombreux magazines non compensé par des lancements. A l’inverse, les ventes de recueils (papier + numérique) sont en progression (+ 63 % sur 1990-2017). Le numérique joue un effet de levier de croissance depuis 2012. Un phénomène de transfert du papier vers le numérique s’accélère à partir de 2014. Le smartphone reste aujourd’hui le point d’accès privilégié au contenu en ligne au Japon.

L’édition fait l’autruche

Dans cette nouvelle donne, la rémunération des auteurs reste préoccupante. L’érosion forte des magazines et la baisse des ventes de mangas fragilisent principalement les auteurs : rémunération plus faible et perte de visibilité. Le système mis en place par les éditeurs ne suffira pas à combler ces pertes.  Avec l’apparition de nouveaux modes de consommation,  les éditeurs peinent à faire confiance aux plateformes de diffusion numérique. Cela s'explique par un manque de concurrence, l'absence de soutien de l'Etat et la pression exercée par des plateformes telles qu’Amazon. Désormais, les plateformes de distribution choisissent de devenir productrices de contenu pour contourner le blocage des éditeurs voire des Etats (voir la stratégie de Netflix).

L’ensemble de ces éléments ne fait que confirmer l’évolution amorcée d’un média entrant dans l’ère numérique. L’émergence d’une offre numérique riche fragilise très rapidement le format standardisé. Cet exemple pourrait conforter les défenseurs du livre papier. En réalité, le manque d’ambition et l’incapacité à s’entendre entre éditeurs et auteurs fragilisent l’industrie culturelle locale qui doit désormais faire face aux plateformes internationales voraces. Pour faire un parallèle, la plateforme Izneo compte 20 000 références de bandes dessinées au format numérique, tandis que la plateforme eBookJapan compte 300 000 références de manga. Les auteurs  et les éditeurs français de bande dessinée devraient s'en préoccuper.

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