veronica mars 2Rob Thomas, le créateur de la série, en parle comme d’un « polar néo-noir déguisé en soap ado ». Et c’est sans doute pour cette raison que cette série aujourd’hui culte (la quatrième et dernière saison est arrivée plus de dix ans après la fin prématurée de la troisième), n’a jamais trouvé le public lycéen pour lequel elle était destinée.

Car sous une apparente décontraction, Veronica Mars, 17 ans, plante le décor dès le début du premier épisode : « Vous êtes à Neptune, Californie, la ville des millionnaires. Ici les gens sont riches, ou ils travaillent pour des riches. ». Voici une description qui rappelle que même dans les séries US de teenagers, on peut encore parler de classe sociale.

Mais pas que… Dans Veronica Mars, on n’a pas l’hypocrisie de décrire le monde lycéen comme un éternel champ d’expérimentation aux premiers baisers. Cela en fait partie, mais on aborde aussi les thèmes du viol, de la défonce (alcool et drogues en tous genres), de la maltraitance parentale, de solitude, de statut de la femme, de dépression, d’inceste… Et tous ces sujets graves sont traités l’air de ne pas y toucher, sous couvert d’intrigues policières et d’ambiances sauvées par le gong.


Le pitch de départ : La meilleure et richissime amie de Veronica Mars (et aussi sœur de son petit ami) a été assassinée. Le père de Veronica, alors encore sheriff, accuse le père de la victime (clone de Bill Gates). S’en suit scandale, licenciement du sheriff, arrestation d’un coupable idéal, rupture entre Veronica et son petit ami, puis viol de Veronica droguée au GHB dans une fête d’ados trop gâtés.

La charge est lourde dès le premier épisode, sans compter que la mère de Veronica a fuis le domicile conjugal sans laisser d’adresse et que l’ancien sheriff a lancé une activité de détective privé qui vivote encore. Veronica profitera donc des moyens logistiques de son père pour résoudre ses intrigues lycéennes tout au long de la série, et trouver le véritable assassin de son amie. Et si par hasard, elle pouvait découvrir qui l’a violé, cela clôturerait en beauté la première saison.

Si cette série a loupé son public cible, elle s’en est trouvé un autre : celui des jeunes trentenaires devenus quarantenaires aujourd’hui. Car enlevé le vernis teenage-club, Veronica Mars aborde ses sujets avec profondeurs, sans tabous. Ses personnages au premier abord légers ou outranciers, sont d’une grande complexité et nous réservent tous des surprises là où on ne les attend pas. Veronica n’y échappe pas. Même l’héroïne peut commettre des erreurs, et en ado fidèle à sa condition, ne pas les reconnaître.

Veronica Mars est donc une série à placer dans le Panthéon des meilleures créations audiovisuelles. Parce qu’elle a su se renouveler à chaque saison en gardant ses particularismes. Parce qu’elle s’est trouvé un public de fans qui ont toujours poussé à ne pas abandonner les tournages. Et surtout parce que ses personnages, aussi torturés qu’ils soient, sont les reflets de nos propres névroses d’adultes.

Erwann

Veronica Mars / Rob Thomas - Warner Home vidéo

3 saisons de 24 épisodes chacune (2004-2007) puis 1 long métrage (2014) et enfin une saison 4 de 8 épisodes (2019).

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